• La Nature ...

    La Nature ...

     

    La Nature t'attend dans un silence austère ;

    L'herbe élève à tes pieds son nuage des soirs,

    Et le soupir d'adieu du soleil à la terre

    Balance les beaux lys comme des encensoirs.

    La forêt a voilé ses colonnes profondes,

    La montagne se cache, et sur les pâles ondes

    Le saule a suspendu ses chastes reposoirs.

    Le crépuscule ami s'endort dans la vallée,

    Sur l'herbe d'émeraude et sur l'or du gazon,

    Sous les timides joncs de la source isolée

    Et sous le bois rêveur qui tremble à l'horizon,

    Se balance en fuyant dans les grappes sauvages,

    Jette son manteau gris sur le bord des rivages,

    Et des fleurs de la nuit entrouvre la prison.

    Il est sur ma montagne une épaisse bruyère

    Où les pas du chasseur ont peine à se plonger,

    Qui plus haut que nos fronts lève sa tête altière,

    Et garde dans la nuit le pâtre et l'étranger.

    Viens y cacher l'amour et ta divine faute;

    Si l'herbe est agitée ou n'est pas assez haute,

    J'y roulerai pour toi la Maison du Berger.

    Elle va doucement avec ses quatre roues,

    Son toit n'est pas plus haut que ton front et tes yeux

    La couleur du corail et celle de tes joues

    Teignent le char nocturne et ses muets essieux.

    Le seuil est parfumé, l'alcôve est large et sombre,

    Et là, parmi les fleurs, nous trouverons dans l'ombre,

    Pour nos cheveux unis, un lit silencieux.